Brain Magazine – Les petites bizarreries de la bibliothèque Bergé

Brain Magazine – Les petites bizarreries de la bibliothèque Bergé

Pierre Bergé se sépare de sa prestigieuse bibliothèque, au cours d’une demi-douzaine de ventes qui mettent déjà en émoi tous les bibliophiles de France et de Navarre. Petit tour d’horizon de quelques bizarreries littéraires.

Interrogé sur la vente de sa prestigieuse bibliothèque, Pierre Bergé rétorque : “les arbres perdent leurs feuilles en automne.” Et à 85 ans, ce collectionneur de haut vol et ancien compagnon d’Yves Saint Laurent, entre dans l’hiver d’une existence – et d’une bibliothèque – bien remplie. Le très sérieux catalogue édité pour la première vente du 11 décembre prochain s’ouvre sur deux témoignages de poids. Celui du bibliophile Umberto Eco, qui s’égare dans des délires d’onanisme et de vie à rallonge, et celui d’Antoine Compagnon, professeur au Collège de France. «Á dire vrai, confie ce dernier, je n’avais pas trop envie de rencontrer Pierre Bergé, homme d’affaires pressé, entrepreneur conquérant. De réputation, on le disait rude, voire cassant.» Mais derrière cette façade de businessman sans pitié bat… un cœur de bibliophile aux goûts sûrs ; et chers. Car si, à 50 ans, vous n’avez toujours pas de Rolex, cette vente n’est pas vraiment faite pour vous. Il faut dire que l’on parle ici de pièces de musée. De l’édition originale des Confessions de Saint Augustin (vers 1470), estimée à 200 000 euros (plus les frais de la maison de vente Pierre Bergé & Associés), à l’exceptionnel exemplaire des œuvres de la féministe Louise Labé dans sa reliure de 1555, estimé (bien bas) à 400 000 euros, en passant par l’édition originale des Essais de Montaigne (1580), estimée à 250 000 euros, il y a de quoi donner le tournis. Mais ces livres somptueux, sagement alignés dans leurs habits de maroquin sur des étagères en bois précieux, hurlent en sourdine ; et étouffent mille fureurs qui jamais ne s’apaisent. Dès qu’on ouvre ces pages, on est assourdi par les cris d’un poète cocaïnomane, les amourettes salaces du «Grand Pérou» ou le repentir douloureux d’une âme tourmentée par Dieu. Une galerie de portraits joliment reliés, en effet ; mais pas toujours très nets aux entournures.

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